Mirage de la Route

Mirage de la Route
Aussi bien que les mots la carte saura dire les choses, c'est à dire mentir à faire rêver.

vendredi 16 mars 2007

100 escales... (du 24 février au 17 mars 2007)



"General Compartment" signifie en indien "ruée sauvage" ou "Lebensraum" pour la version outre-Rhin, imaginez cent cinquante personnes des plus normales tentant de passer en même temps par la seule porte du wagon qui ne pourrait d'ailleurs en accueillir officiellement que le tiers. Et moi au milieu, bref une nuit debout la tête coincée dans le coude, j’ai mal aux dents tant je suis crispé ; parfois je jette un œil au semblant de paysage que le rail défile, en réalité ce sont surtout des odeurs qui m’accompagnent, le train semble suivre un interminable cloaque, derniers souvenirs urbains de la capitale… Au petit matin le quai d’Amritsar est troublé par notre arrivée, et moi je parle déjà de repartir, je sais qu’un temple fabuleux fut édifié non loin, encore faut-il y aller, et j’ai rendez-vous avec une frontière moi ! Je préfère me dégourdir les jambes et entame les 20 km qui me séparent du Pakistan, deux heures plus tard je m’offre un rickshaw, le premier finalement depuis que nous avons découvert que des types pédalaient toute leur vie pour quelques roupies… enfin celui-là est tombé sur le bon chameau, je lui offre un thé pour avoir eu la gentillesse de discuter avec moi. Le poste frontière de Wagha ressemble à tant d’autres, je me faufile au milieu des coolies qui transbordent des oignons et profitent des sacs de jute éventrés par la route pour s’en fourrer plein les poches. Je quitte l’Inde en deux contrôles et un tampon ; en face le croissant de l’Islam me sourit un peu narquois : prêt pour la course ? A rebours, dans l’espace et dans le temps, désormais je file vers l’Occident.
En un coup d’œil je retrouve cette stature des peuples musulmans, ce rien qui fait toute la différence avec le reste, ces gueules fières et assurées, ces hommes altiers quel que soit leur rang : c’est incroyable mais l’atmosphère s’en ressent, détendue et noble, vraiment les indiens me paraissent faibles… A Lahore je n’ai que le temps d’attendre le train pour Quetta dont la moitié est occupée par un régiment d’infanterie, le contrôleur déplace un type pour m’installer. Pour seul effet : m’introduire dans la place en étranger et vrai ami ; il vaut mieux, je passerai 37 heures avec ces gens. Un cénacle de vieux enturbannés tient conseil au milieu du wagon, discutant sans faiblir, l’attentat de la semaine dernière en Inde semble les préoccuper, mais on parle aussi des Américains qui galèrent à côté, chez les Afghans, de l’armée fédérale en patrouille partout dans le Balouchistan à lutter contre des « terroristes » spectraux. Moi c’est surtout le désert qui m’intéresse, j’en sens l’appel profond à travers les barreaux de la fenêtre, le soleil disparaît dans ses draps de poussière et moi sous mon chèche, bercé par l’appel à la prière improvisée là au milieu des bagages. Deux mille kilomètres plus loin je débarque à Quetta, oasis et c’est tout, dernier relais avant l’Iran à l’Ouest et l’Afghanistan au Nord, je trouve un vieux chantier pour étaler mon duvet et jouir de la beauté simplement enivrante d’un ciel étoilé, allongé je revis. Au réveil j’hallucine sur le sommet enneigé qui me fait front, j’enquête sur les moyens de rejoindre la frontière iranienne : un bus en fin d’aprèm, parfait. Je peux donc flâner toute la journée dans ces rues inconnues, je me fais indiscret pour mieux voir et attraper au vol quelques clés pour déchiffrer à la va-vite l’âme de ce peuple dont je sais être déjà amoureux pour en avoir connu les cousins afghans. Je me perds dans une tchaïkhana où l’on m’accueille sans hésitation. Et je dois repartir, mais les nomades ça les connaît… Encore le désert, impérial et absolu, dont le vent me glace lorsqu’on stoppe pour la prière, qu’importe c’est tout bonnement transcendant. Au matin j’ai épuisé mon visa mais pas les mille questions sans réponses, les mille rêves que la route trop rapide a semés… Un Pakistanais m’accompagne dans le corridor de barbelés, un pied en Iran ! après tout ce temps, je regrette déjà de n’avoir que sept jours dans ce beau pays, décidemment je ne le vivrai jamais… Mon seul plan est de retrouver Mehrdad, l’Iranien incroyable de 47 ans rencontré avec Charly sur la Caspienne à l’aller et dont nous ne vous avions finalement pas tant parlé. Mais pour l’instant je dois rejoindre Zahedan, la ville iranienne la plus proche de la frontière soit à 100 km, on ne me laisse pas prendre les navettes, l’armée a des ordres et m’affrète une escorte personnelle, me voilà installé à l’arrière d’un pick-up entre un lance-roquettes et une mitrailleuse lourde… Pourquoi pas ! De Zahedan je ne vois que les enfants poussant d’énormes carrioles où s’entassent des bidons à l’infini, l’intense trafic de pétrole est presque la seule activité de la ville, et mes militaires ne me lâchent qu’une fois assis dans le bus direction Téhéran, je n’ai ni le temps de changer des Dollars ni de rien acheter à bouffer et je ne sais même pas quand nous atteindrons la capitale ! 23 h plus tard… 23 h de faim tenace à maudire ce bus qui trace au milieu d’un désert impassible, je ne rêve que d’une panne qui m’y abandonnerait, 23 h de cette couleur aux élans telluriques, 23 h de songes, « malheur au voyageur qui chevauche plus dans sa tête qu’il ne s’use le cuir sur celui de sa selle »…

Flocons : légers comme mon estomac, glacés comme mes pieds, immaculés comme mon fût ne l’est pas… Et oui, la neige me souhaite la bienvenue à Téhéran, en cinq jours j’ai perdu 30 degrés, le choc thermique m’abat cependant moins que la nouvelle de savoir Mehrdad dans la capitale, si au moins il avait été chez lui dans sa petite ville sur la Caspienne ! mais là il faut que le retrouve au milieu des 12 millions d’habitants !!! Je n’ai rien : ni plan de la ville, ni argent, ni bouffe, ni endroit où le trouver… Je marche intuitivement vers le Nord pour trouver le bazar des changeurs, deux heures de lutte psychologique contre l’abandon qui me talonne, que me servirait-il de baisser les bras ? me voilà seul par choix, la Providence est parfois capricieuse, je l’ai vue nous faire d’improbables largesses et de vraies crasses, dans quelle mesure suis-je véritablement acteur de ce qu’il m’arrive ? Aujourd’hui elle joue les femmes fatales, un type se propose de m’aider et me présente après coup une note de frais salée… Enfin me voilà riche, à la bouffe ! Tu parles je me fais jeter du fast-food pédant où mes tripes trouvaient refuge, j’avoue je suis absolument crade comme l’officier pakistanais me l’avait fait remarquer à la frontière. De nouveau le trottoir enneigé, j’échoue dans un hôtel trop cher, tant pis ce soir je dormirai propre. Au réveil Mehrdad est là, à la réception il a finalement reçu mon mail avec l’adresse du Naderi, place qu’il connaît bien pour y avoir suivi Sadeg Hedayat, poète et écrivain iranien venu plus tard se suicider à Paris. Les retrouvailles sont d’une émotion vraie, et voilà le moment pour moi de vous présenter Mehrdad. Portrait de cet Iran inconnu de nos médias, intellectuel et sincère, progressiste quand d’autres le croient terroriste, multiple au-delà des fanatismes dont on l’affuble. Je passe deux jours avec lui dans la capitale qu’il me fait découvrir, son bazar où l’économie de toute la nation est décidée et dont la puissance peut faire tripler le prix du baril de brut, les anciens palais du Shah dont il se rappelle n’avoir jamais que frôlé les murs sans rêver, la montagne toute proche désormais prise d’assaut par les skieurs du week-end ; puis nous nous rendons chez lui à Tonékabon. Moi je suis tombé malade entre temps, certainement la surprise de l’hiver et la chute de tension après ces cinq jours de voyage sans nuits. Je suis d’une faiblesse incroyable, nous discutons sans fin, moi alité, lui en vrai maître de conférence. Il me raconte sa vie dont le puzzle laissé par la semaine avec lui en septembre restait plus qu’incomplet : né d’un père musicien tenté de se rapprocher du Shah, lui n’en est pas moins un révolutionnaire de la première heure, il doit quitter le lycée et se cacher du chef de la police royale dont il aimait passionnément la fille, lorsque la Révolution éclate en 1979 il est là en première ligne dans les avenues de Téhéran, mais étant trop marxiste il doit à nouveau se terrer durant la terreur (nous Français devons bien comprendre de quoi il retourne) il participe ensuite à de nombreux conseils gouvernementaux et se lie d'amitié avec Rafsandjani – politicien modéré – à qui il apprend l’anglais. Bien sûr nous évoquons les menaces américaines précisées par tous les journaux, la réplique serait terrible. Aujourd’hui sa famille s’est faiblement terrée en Allemagne et dirige un groupe de pression proaméricain, lui galère seul à mendier ses cours d’anglais dans un pays qu’il aime et dont il voit le destin se compliquer de jour en jour. Poète, politicien écarté, journaliste, père, il trouve maintenant dans l’informatique un nouveau défi pour sa vie et l’Iran ! Quand je pense que nous l’avons rencontré par pur hasard ! Allah’u akbar ! Mais les jours défilent et je dois quitter tout ça, je ne suis pas du tout guéri mais je n’ai guère le choix. J’aperçois Mehrdad pour la dernière fois de la vitre d’un car, on se jure d’autres retrouvailles. Déjà la route défile, bien que crevé et affamé je ne trouve ni sommeil ni appétit pour aller mieux, on me largue à 4h du mat’ au terminal de Tabriz, je m’écroule trois heures dans mon duvet et repars de suite, vers la frontière turque. La pluie m’y trouve quand la canicule nous y avait accueillis en août…

Je suis sur les rotules, j’expire en même temps que mon visa, maigre épitaphe en ce 6 Mars 2007. Côté turc rien n’a changé en six mois, je revois même le fils de chacal qui nous avait entubés en nous rachetant Peachie, je le maudis si sincèrement que les Atrides peuvent aller se rhabiller et quitter la tragédie, il semble ne pas me reconnaître : qu’il aille au diable, ce coup de nerf me redonne un semblant d’énergie pour affronter la neige de Dogubayazit. Je me repère aisément dans ce bourg où nous avions fêté la fin de nos aventures turques, je trouve une auberge : il faut guérir maintenant. A ce moment j’ai dans l’idée d’acheter un vélo pour rejoindre votre douce France en alternant avec le train. Je reste deux jours ici à tenter une guérison, passant deux heures devant mon assiette pour la finir, dormant le plus possible. Rien n’y fait semble-t-il, il faut dire qu'il y a plus de neige en Turquie au mois de Mars qu’au Tibet en Novembre… Partir alors, avancer puisque c’est tout ce qui me détermine. Je galère donc en stop pendant trois jours, à errer de routes en bourgades, sans trop savoir quoi faire, chaque kilomètre parcouru à pied quand il faut se déplacer est un défi dérisoire que je peine à relever ; on me revoit à Van, puis près d’Erzurum, un soir presque sur la Mer Noire, j’enchaîne les nuits aux étoiles seule consolation de ce piétinement que j’accepte en trouvant la gaieté dans un regard franc, une conversation de thé dans un turc quasi fluide, un soleil sur une mer de neiges… Je finis par rejoindre la ligne de chemin de fer Nord et grimpe dans un train pour Istanbul sous les adieux d’une bande de potes kurdes, azéris, turcs, arméniens : cocktail d’espoir au royaume flou d’Atatürk. J’ai osé croire à une journée de rail, ce sera deux, à taper la discute avec des flics inénarrables et intarissables, à penser à la suite, demain s’estompe dans le soleil couchant, on verra bien… Minuit le 13, terminus, j’installe mon duvet sous le clapotis des vagues du Bosphore. Au réveil j’ai compris : je suis trop faible pour monter en selle, maladie foireuse et indécise ! En un quart d’heure de ferry me voilà en Europe, je trouve un train pour la Grèce qui ne part que le soir : instantanés d’Istanbul.

Luxe jusqu’à Thessalonique, wagon-lit-frigo-lavabo, service compris ! A la lueur d’une Lune musulmane j’aperçois des lettres grecques, Schengen : adieu l’Asie des poussières. UE : je me sens un étranger au milieu de mes semblables, c’est cinglant. Des tags sur les trains, la mode à tous les panneaux, feux rouges et priorités, passage cloutés entre deux temples antiques : orthodoxie. Thessalonique déploie ses cafés branchés le long de la mer Egée et moi on me dévisage à raison. Je ne trouve pas de bateau pour les îles, il faudrait attendre quatre jours, je n’en aurai pas la force, un train pour Athènes devrait contenter l’envie d’avancer, cette nécessité inépuisée depuis que nous sommes partis. Arrivé à 23h40 je me planque dans un fourré et m’endors heureux d’être plus loin (que quoi ?!) Le lendemain je marche trois heures découvrant au passage une cité que j’avais croisée il y a dix ans, peu de souvenirs et pas de plan de la ville ! En aveugle et à l’affût je débouche sur la plaka, ces ruelles fabuleuses agglutinées comme des moules sur la roche de l’Acropole. Il me semble que je tente de sauver mon voyage comme je peux, par ces nuits vagabondes, ces perditions à l’inconnue des quartiers, saisir encore et encore, partout des derniers souffles. Je rêve que ce n’est pas la fin, et j’en oublie le Parthénon pris d’assaut : des élèves traînés de toute l’Europe par des profs acharnés à les émerveiller. Le soleil m’invite à redescendre et je suis déjà à la gare, « tout est départ » dirait André Velter, moi j’adore ça. Corinthe en flash et Patras en flou. Me voilà de l’autre côté du golfe, sur l’Adriatique. J’observe le soleil caresser la coque des navires, je me noie d’ennui devant la télé : les étudiants grecs se la jouent parigots et mijotent des cocktails façon Sorbonne dans les avenues de la capitale que je viens de quitter. Dommage, j’ai raté quelque chose… A minuit nous larguons les amarres ! Je dors sur le pont pour voler aux cieux une étoile ou deux, histoire de rentabiliser la course. Encore des escales, toujours, je ne m’en lasse pas. Et puis il y a la mer pour s’abandonner un moment, pire que le désert ce truc ! Deuxième nuit de grand-vent, magique par cela même, je vais encore mal mais je suis si bien ! Premières lueurs, dernière heure : derrière la brume sonnent les cloches du monastère St François du Désert, l’ancre est jetée, le sort aussi, que me réservera Venise ? Je commence par me perdre et me reperdre mille fois de canaux en arches minuscules, c'est essentiel ; je me grise au rosé des palais, je pousse la porte d’une église, vide. J’esquinte mon sac sur des crépis bavards, ailleurs le parfum des lessives pendues au-dessus des bateaux m’ennivre, moins qu’un Tocaï pris dans un petit troquet. J’évite San Marco peuplée de pigeons trop humains. Je flâne, j’effleure l’âme de la cité, peu en ont une aussi sensible qu’ici, je marche tout le jour sans plus rien attendre d’autre que la dernière traversée. Une nuit ferroviaire à 125 €… Au matin les vitres du train cachent mal le détrempé du paysage, forêts dénudées, coup sur coup une 2CV et une DS, pas de doutes je suis chez moi ! C’est à ces détails intimes que je comprends qu’on peut aimer son pays, je souris comme un con dans mon compartiment, les passagers ne pourraient pas comprendre. Le voyage me joue un dernier tour – égal à lui-même – il me laisse à la seule gare de Paris que je ne connais pas : Bercy ! Tout est un enchantement, une symphonie silencieuse et triomphale, je voudrais hurler de joie dans les avenues désertes en ce samedi matin. Tout est tapi là, muettement mêlé, ailleurs il y a des mots, mais ce n'est rien.


J'ai perdu toutes les batailles mais j'ai gagné la guerre.




Enfant au tambour. Quetta, Pakistan.




La gare de Lahore, vestige colonial. Pakistan.




Le désert baloutche s'étend sur près de 2500 km jusqu'en Iran. Pakistan.




Devant les Népalais et les Indiens les Pakistanais sont des as de la décoration de camions. Quetta, Pakistan.




Je lance les paris sur la date de la dernière douche... Téhéran, Iran.




"Shah en jette un max !!!" Téhéran, Iran.




Je retrouve le Mont Ararat enneigé du sommet aux vallées. Dogubayazit, Turquie.




En Mars le lac de Van prend des airs de fjörd. Turquie.




Voilà ma cabine de train, peinard tout seul je dors par intermittence pour causes gastriques... Istanbul - Thessalonique.




Au milieu de la nuit j'entre en Europe sans être tamponné. Pythion, Grèce.




La bibliothèque nationale d'Athènes, qui sera prise d'assaut par les etudiants quelques heures plus tard. Athènes, Grèce.




Furtivité féline sur la plaka, des secrets si près d'une Acropole dévoilée à tour de visites guidées. Athènes, Grèce.




En lieu et place de l'antique Agora une église orthodoxe se marie au temple qui fait salle comble... Athènes, Grèce.




Judas d'immensité sur une mer un peu traître. Patras - Venise, Adriatique.




Tomaz et Hrva, Slovènes sympathiques avec qui je discute une heure dos aux lions avachis de San Marco. Venise, Italie.




Ruelles fantomatiques, un type tente de me faire croire au spectre de Jésus ainsi qu'à une découverte scientifique maintes fois étouffée par l'Histoire... Venise, Italie.




En prenant un peu de recul (ce qui offre de virer la "tourista" de l'objectif) la place Saint Marc n'est pas si laide. Venise, Italie.

Durant huit mois je n'ai vécu que pour ça : un mouvement que l'évidence est venue fixer.



Pour la surprise j'ai penché pour la familia !

vendredi 23 février 2007

Dehli - Delo (du 17 au 23 février 2007)



Dehli est bien moins bordelique que Bombay, voila qui me rassure, en deux avenues, trois rond-points me voila rendu a Connaught Place, seule chose que je sache a peu pres de la capitale : une place en plein milieu et toute ronde, reperable, non ? et apres ? Et bien, je me paie ma sieste sur les pelouses ensoleillees, j'apprecie les rayons d'Apollon meme si ce feignant m'a fait perdre 10 degres celsius en 1000km : de 35 a 25... le rude hiver !Je n'ai rien a faire ici que d'obtenir mes visas pakistanais et iraniens, ainsi que de penetrer un peu plus en avant dans cette Inde polymorphe. Je decide donc de prendre mes quartiers pour quelques jours. Arrive un samedi, il ne se passera rien avant lundi. J'ai bien un contact, Abishek un ami de Regis, mais il est overbooke par une delegation francaise, il bosse nuit et jour dans les effluves de champagne... Je me degotte donc un petit chez moi qui ne tarde pas a prendre l'ampleur de la ville entiere... Ma chambre est dans le quartier gouvernemetal, larges et longues avenues, agreables par leurs pelouses adjacentes, quelques arbres pour parfaire le cote british, dont un : le mien. Ma cuisine ? a Pahar Ganj, dans une populace lustree par le long voyage qui l'a deposee ici, en face de la gare ce quartier est une cohue, une tornade de rickshaws, de Bajaj, de p'tits blancs-becs perdus, de mendiants, de chiens, de vaches et de rats... Ca se gueule d'un trottoir a l'autre, les seaux d'ordures volent en cadence au-dessus des passants, hop un crachat a droite ! un fond de tchai a gauche ! 'tention la bouse ! Les chapatis se produisent a la pelle, il regne ici une ambiance de haut-fourneau, de bourse en plein krach, en un mot : l'effervescence des tropiques. Ma salle de bain est presque a-cote, dans la gare, plus precisement derriere le Tourist Office, ca a le merite d'etre propre et spacieux, rien a voir avec les murs en "pisse" (si je pouvais faire des accents vous auriez ri comme jamais de ce fameux calembourg !) qu'inonde toute l'Inde accroupie... On me dirait mauvais architecte de foutre les chiottes a cote de la tambouille, mais vu les menus, c'est au contraire un signe de grande sagesse et de prevoyance... Mon jardin s'etend sur 1 hectare, sur le chemin de ma chambre. J'y passe de longues heures etendu, a compulser mes cours de Licence, ne me croyez pas si ca vous chante ! Enfin ! il y a malgre tout des desagrements a habiter une si grande propriete : je me perds a en devenir fou, je passe une demie-heure tous les soirs pour retrouver mon lit ! c'est pas une vie ! d'autant qu'il fait deja tout noir et que je n'ai pas l'electricite. Je paie un parking quand je vais bouffer, quand je glande... chez soi ! non mais je reve ! Cote voisinage, c'est honnete, un peu m'as-tu-vu ces grands batiments roses, mais c'est ordonne, les officiers defilent deja a la sortie des ministeres, les "Ambassador" (voiture indienne facon "cab" londonien) glissent majestueusement sur l'asphalte, c'est tout juste si on n'entend pas Wagner ! Tous les matins les enfants de la medersa contigue aux murs inexistants de ma chambre me reveillent de leurs cris de joie et d'humeur, "ecartant un a un les voiles" de brume.
Mais je ne suis pas venu ici pour coloniser... juste de passage. Des les premieres heures (j'ai pas le choix, le soleil est mon reveil) lundi, je me rends a l'ambassade pakistanaise, demande un visa de transit : "accorde", parfait. Je passe visiter les voisins : "id est" l'ambassade de France, je rencontre un certain Geissenhoffer qui s'empresse de me faire une lettre de recommandation pour l'Iran, mais aussi de savoir ce que je suis alle foutre en Afghanistan, et enfin de partager sa passion photographique... Bref et intense retour en France ! Au consulat iranien, je ris moins. Ils ne s'autorisent qu'a me delivrer un visa de transit... 7 jours ! Le couperet tombe et je ne sais plus quoi faire, pour la mille et unieme fois en 7 mois les projets s'ecroulent, se redressent, tentent une sortie, un dernier sursaut... pfffff. qu'est-ce que je vais foutre en 7 jours moi ?! j'ai pas trop le choix, je pense a Charly et Anton qui seront bientot dans l'avion, je me dis qu'a ce train-la je serai a Paname avant eux ! Je signe quand meme, entendons : je paie. Le lendemain je retourne chez les pakis, pour affaire consulaire, et rencontre Lee un charmant coreen bien marrant qui tombe absolument amoureux de Noir Desir ! Voila qui m'arrange, enfin ! Je comptais a la base chevaucher jusqu'a la frontiere et la vendre la-bas, mais puisque l'occasion se presente ! Je lui explique moult details techniques qui font qu'un Bajaj est toujours unique, je lui file quelques cours de conduites, car conduire un Bajaj : c'est unique, et je lui fais un prix d'ami parce que : Noir Desir est unique !
Je n'attends desormais plus que messieurs les iraniens se depechent de me tamponner, les jours passent en migrations pendulaires qui m'offrent de decouvrir Dehli ; parfois je m'autorise a sortir de "chez moi", je m'aventure alors dans des quartiers encombres de partout, lorsque je les retravesre au petit matin, ils sont meconnaissables : quelques hommes a peine se douchent a grande eau sur le trottoir defonce (la chance ! pour la douche pas pour la defonce...), les rideaux de fer s'etirent, baillent un coup et finissent par ouvrir, toute la bovinasse rue pour se decrotter les flancs, les chats jouent les funambules dedaigneux sur leurs fils electriques, il y a meme, la-bas, un cavalier qui passe...
Vendredi 23 fevrier, je suis en regle, j'ai boucle mon petit sac, laissant non sans mal un bagage en consigne pour mes deux accolytes des temps passes, me voila a pied... c'est autre chose, ma cuisine me semble etre perdue dans une autre galaxie ! Je prends mon ticket, monte dans ce train, et a Dieu va ! dans dix jours je serai a 6000 km de la !

Une poupee jivaros chez les Pachtounes ?! mais ou va le monde !

Ma chambre, vue de l'oreiller. J'avoue, j'ai un faible pour le papier-peint en trompe-l'oeil...

Ma cuisine : oui, j'ai des domestiques.

A Pahar Ganj chaque resto a ses crieurs, raccoleurs inveteres ils vont jusqu'a te choper par le col pour ne te lacher qu'une fois le cul sur leur chaise !

Devant le Parlement (enfin un petit morceau) une Ambassador noire deroule le prestige a l'indienne... il manquait plus que les trenchs Burburry et j'etais a Londres ! (et les petites anglaises aussi...)

"Mes uniques sandales avaient un large trou", recollage, 3eme edition, en France on appelle ca des soins palliatifs...

Lee, l'heureux elu ! pour ma part j'aurai parcouru 4906 km avec Noir Desir, depuis Bangalore jusqu'a Dehli !

dimanche 18 février 2007

"I'm a poor lonesome cowboy, I've a long long way from home" (du 4 au 17 fevrier 2007)




Le 4 fevrier au matin, Charly vient me tirer de mon duvet. J'arnache mes affaires et quelques-unes des leurs sur Noir Desir, apres tout ils me rejoignent a Bombay dans quelques jours... Je quitte la plage de Vagator par ses chemins torves, trois palmiers me saluent, voici le carrefour aux thes si delicieux, deja la grand'route. Me voila seul ! Je grimpe puis devale les collines ocres des ghats, il fait plus que chaud malgre l'air marin, je renoue avec le sandwich tomate/concombre des heures turques, des singes viennent apporter un peu de compagnie a ma chevauchee, puis plus rien. Je m'enfonce dans un petit chemin de terre pour dresser mon auberge. C'est ma premiere nuit solitaire depuis le 14 juillet, ca fait tout drole ! Moins drole en revanche l'attaque en regle d'une division de fourmis d'elite sur mon duvet, virant son occupant affole ! Je n'en reviens pas, me lance a l'assaut, et me fais tailler en pieces a grand coups de mandibules, je m'emmitoufle dans tout ce que je trouve de polaire, moufles, chaussettes et chope mon duvet, me le cale noir de betes sur la selle et demarre en trombe Noir Desir afin de separer la colonne du Quartier General. 5km plus tard je m'arrete suant comme un phoque pour constater les degats : plus une fourmis ! pas meme une coincee dans la glissiere, derriere une couture, dans le recoin d'la capuche, rien, nada, yok, walou ! Je crois avoir hallucine mais je me souviens avoir pris une photo, je verifie avec soulagement l'horreur sur mon appareil... Si Bernard Werber lit ce blog (pourquoi pas ?) je veux bien une explication en commentaire... Je m'endors sur le bas-cote au risque de me faire ecraser par un chauffard. Le lendemain je conduis toute la journee dans les memes paysages rouges et vallonnes, debarquant ainsi dans les faubourgs de Bombay, ces quartiers de poussiere ou de gigantesques autels consumment la glaise des briquettes, leur fumee allant chiner avec le ciel couchant, et moi les yeux fatigues a esperer d'etre arrive. De Bombay je n'ai pas plus d'idee que de Tombouctou, un nom - comme d'hab' - une position geographique... je pousse donc toujours plus a l'Ouest jusqu'a tomber dans l'eau. J'echoue par hasard sur les docks, me glisse dans mon duvet pour y deguster les dernieres tomates en regardant la Lune se lever, rouge dans les haubans et les grues. Dans mon demi-sommeil j'entends des voix, quelles fees viennent troubler mon berceau ?! deux flics, sangles d'insignes, la bedaine reposant fierement sur le ceinturon a l'image des balcons siciliens, la moustache evidemment et une verve bourrue. Ils me debitent un brin de leur patois sybillin, des jeunes m'entourent tout sourire, lorsque je sens quelqu'un m'aggripper la tignasse... je me fais ejecter de mon duvet ! Serieux quant a mon capillaire, je deploie tout ce que nos Gaulois d'ancetres on trouve d'insanites vertes et cinglantes pour defendre Alesia ! Ce qui comme chacun sait n'a pas fonctionne, je bats en retraite sur un parking des quartiers riches et mal gardes.
“Pourquoi diantre est-il alle se perdre a Bombay ?!” vous demandez-vous... J'ai d'une part a regler ici les derniers papiers pour Noir Desir, a savoir un “Carnet de Passage”, document permettant l'importation temporaire du vehicule dans un pays autre que celui d'immatriculation ; c'est l'absence de cette autorisation qui avait empeche Peachie de quitter le territoire turc il y a deja quelques mois. D'autre part, puisque Charly et Anton ne me rejoignent finalement pas, je cherche un bateau qui puisse m'embarquer pour le Sud de l'Iran, le Yemen ou meme la Corne de l'Afrique, d'ou : “Noir Desir” ! Seulement ce que je ne savais pas et vous non plus certainenemt, c'est que Bombay est une des cites les plus horribles qui soient : 80 km du Nord au Sud, deux autoroutes pour se deplacer d'un quartier a l'autre, 12 millions d'habitants sur votre passage, des giratoires complexes et foireux, des avenues en sens unique, une voie de chemin de fer qui divise la ville en “Est” et “Ouest” mais qu'on ne peut quasi jamais traverser, et bien sur un traffic babylonien ! Bref, dans ma quete de la Western India Automobile Assocation je brule 12 litres de petrole et d'enervement, evite trois amendes pour insultes (en francais) a agent (incompetent), refoule vingt meurtres, et ne devore que deux dosas par jour... Ayant dans mes errements trouve l'Alliance Francaise je profite de la projection d'un film pour rencontrer Nacho, un espagnol ayant appris le francais a Science Po Bordeaux, decidemment ca me poursuit ! Il m'heberge gentillement sur le campus de St Pius College, alors envahi par le rassemblement national de l'assoc' Caritas. Je finis par me rendre au siege de l'Automobile Club, pour voir ma requete purement et simplement refusee, les papiers de Noir Desir ne sont pas a mon nom comme ces f@#** de p*/-# du RTO de Bangalore nous l'avaient conseille, chaque administration dit ce qu'elle veut et moi au milieu je peux aller me faire voir ! Impossible de rapatrier mon Bajaj jusqu'a l'Arc de Triomphe donc, va falloir trouver autre chose... Je passe aussi mon temps a faire la retape dans le quarier du port, enchainant des thes a m'en eclater la panse, esperant “rencontrer” un quelconque marin, je me pointe sur les docks pour m'en faire virer manu militari par la Secu, meme pas le temps d'inventer un mensonge, je traine mes espoirs devant ces maisons de conserve ou brinqueballent trois hamacs en partance pour des ports lointains, meme le marin dont j'ai eu le contact par Nacho ne me repond pas... Au consulat francais, c'est la sourde oreille. Je decide donc d'abandonner mes reves de grand large, et organise ma sortie de Bombay. Avec Nacho nous dicutons longuement autour d'un peu de viande (de temps en temps ca fait du bien), cette societe composite est impressionnante, lui travaille avec le champion indien de la laicite, concept actuel s'il en est, ou comment vivre ensemble au milieu de signes des plus ostentatoires... sous d'autres lattitudes ca semble marcher ! Je quitte sans regrets la ville a 1h du mat' pour avoir les rues pour moi et me coucher sur l'highway, 55km plus loin.
Les trois jours qui suivent me voient arc-boute sur mon guidon a vire-volter d'un nid de poule a l'autre... Je remonte au Nord a travers le Madhya Pradesh, sorte de plateau beauceron en plus joli, les champs s'etalent de part et d'autre d'une route des plus pourries ! Le bitume est en lambeau, je maudis tous les cantonniers du monde, et me pose des questions essentielles : comment ont-ils fait pour obtenir ce resultat ? imitation de la Lune, ou bien de Mars ? l'armee teste ses missiles dans le coin et la tete chercheuse est pas au point ? un bandit de grand-chemin se fait les ongles sur le goudron ? Je m'ecroule tous les soirs dans ma sueur coagulee de poussiere, de moucherons kamikases, et de vent chaud ; l'oeil ravi d'etoiles et de Lune, un peu du sourire beat de la loutre a l'affut... Un matin je rencontre au reveil un paysan si aimable de me faire visiter ses cultures, et hop un piment en guise de p'tit-dej', meme du ble, une sorte de pois chiches qu'il fait grilloter sur un feu de brindilles... L'avant-veille c'est un agriculteur qui me faisait le tour du proprietaire, ses vignes sont parait-il tres reputees, le raisin de Nashik s'exporte partout, jusqu'en Californie, moi je l'ai trouve trop craquant... Voila en tout cas qui vient completer mes menus : 5 thes, 6 samosas et une bolinette de riz epice par jour. J'approche peu a peu du Rajasthan, je sens poindre une atmosphere de deserts, un peu du beige lavasse de sa paire de “camel”, le terrain s'accidente en des tertres pierreux et chauds, les palmiers se font utiles. Je continue sur ces chemins cabosses, leur arrachant chaque jour 7 heures de conduite, je suis seul et n'ai pas grand-chose d'autre a faire... ecrire, voler aux paysages un cliche, je me nourris dans les dhabas - ces relais routiers crasseux et francs - les sourires y sont remarquables autant que Noir Desir remarquee, on me sert des thes brulants du delice des rustres, je m'etends pour une minute sur leur lits de camp, oublie qu'il fait chaud, ca gueule a cote un baragouin genial, et le cricket gresille en ondes hertziennes.

Je deboule ainsi a Udaipur, cite lacustre, c'est tout ce que j'en sais ; ce soir je paie la tournee de the a une bande de musulmans amuses par mon periple, ils se marrent a n'en plus finir et moi de ne rien comprendre... Je m'enfonce dans les petites ruelles, delie le piege de leur labyrinthe : je prend mes marques. Enfin je trouve les ghats, je peux m'etendre dans le scintillements des palais de marbre sur le lac, le hurlement des chiens et le ronflement des vaches. Je reste deux jours dans cette ville trop belle pour etre tranquille, le spectacle des hexagenaires en casquette me rappelle Boukhara, je croise des Francais dont les paroles me font honte. En revanche j'en rencontre un jeune, Nicolas, qui s'est mis a investir en Inde et qui tient desormais une Guest House (http://www.pleasureguesthouse.com/ pour la pub...), et Olivier, un Belge tres sympathique venu en Inde monter une boite de cosmetiques de luxe bases sur les soins ayurvediques (http://www.keraveda.com/ ), mais qui, au recit de mes peregrinations, tente aussi de m'orienter pour l'avenir... “Y’a pas de medecine !” devrais-je repondre !
Je m'enfuis de cette “Venise de l'Orient”, dont les gondoliers bovins manquent de sympathie, il est 4h30 du mat', aujourd'hui est Shiva Birthday, autrement dit dans deux heures les rues seront bloquees par tout une populace “enchillumme"... et la route m'appelle. Tout le jour je roule sur un velour parfait, droit et sans ecarts, le plateau du Nord Rajasthan s'etire ainsi jusqu'a Dehli. Noir Desir cale son aiguille a 60 km/h, poussant sans fatigue a 75 pour doubler les camions. Je passe la journee la plus monotone de mon voyage, a en avoir des trous de memoires existentiels : qui prit la succession de Krouchtchev a la tete de l'URSS ? Le premier a donner la bonne reponse en commentaire gagne une photo developpee en A4... Et lorsque cela me revient je jubile d'une telle satisfaction que... rien, ben non rien, ca reste monotone ! J'avale ainsi 496 km, dix heures trente le cul sur ma selle ! J'ai de qui tenir ! Le soir venu je m'endors dans la poussiere d'un acacia, ca me va... Les etoiles doucement perlent entre deux epines, un oeil se ferme, l'autre se grise encore et disparait. Je repars a l'aube, pousse par le seul besoin de rallier Dehli dans la matinee afin de faire le pied de grue aux consulat pakistanais et iraniens, peine perdue, les embouteillages annulent l'avance prise sur le jour. J'entre dans la capitale sans autres plans que ce souci : une sieste, je vous en supplie !


Vous ne me croyiez pas ?!

La greve embrume le World Trade Center. Bombay.

Sur fond de gratte-ciel, les gamins s'improvisent des terrains de cricket.




A Gateway Of India, une pointe ou l'on prodigue des promene-couillons vers Elephant Island, des Indiens se prennent pour de vrais loups de mer...



Le grand Large, une seule marque de fabrique...

Vignes de Nashik, ils font meme pas de vin ces c... !!!



A 850 metres d'altitude, les bles penchent dans le Madhya Pradesh.



La preuve...



... et les coupables ! ou au moins les responsables !



Satanee journee !



Ca me rappelle quelque chose ? ...




Le Rajasthan au couchant m'offre des airs de Highlands.



Mais ce ne sont pas des chardons qui montent a l'assaut des forts abandonnes.





Un vrai spectacle serait de les voir nager le papillon... la c'est un peu trop monotone !!!


Palais + lac = Udaipur


Miniatures realisees par Viru Singh, jeune de 16 ans a qui je cree un blog a l'occaz'.


La cite blanche... (vue de la terrasse de la frenchie Guest House...)

mercredi 14 février 2007

The Great Depression


La route nous a appris une chose, rien n'est jamais fixe. En sept mois nous avons du adapter nos reves aux frontieres, aux administrations, aux dangers, aux monts, aux mers... 17000 km de detours, d'aleas, de projets encore... De Vladivostok, cet inutile retourne en necessite depuis notre Paris trop morne, nous avons fait une Route, a deux puis a trois. L'entente a toujours ete formidable, mais les enseignements et les impressions en sont restes differents, c'est pourquoi nous nous separons... Chacun vaquant a ce qu'il lui reste de defis !

Quid de ce blog, alors ?! Josselin sera heureux de vous donner encore quelques mots sur sa route de retour jusqu'en France, Charly et Anton attendant d'etre avec vous pour vous en dire plus...

mardi 13 février 2007

On the Road again ! (du 24 janv au 3 fev 2007)

Les embouteillages de Bangalore sables a 10km/h nous voila enfin lances sur les routes du Karnataka, nous roulons gaiement jusqu'au soir qui nous voit debarquer sur un chemin de poussiere. Rien de mieux qu'un peu de pierrailles pour retrouver les reves de nos nuits vagabondes ! Chacun s'installe sans perdre son duvet cette fois, et le soleil couche nous admirons le ciel etoile si longtemps desire. Anton est le premier debout, a 6 heures, perche sur les rochers a guetter l'aube comme un derviche en transe, pas de petit-dej' la route saura nous abreuver. Quelques ennuis mecaniques retardent malgre tout notre progression vers l'Ouest et la mer, le carburateur de Noir Desir fait des siennes et la voila qui pisse des litrons d'essence au demarrage ! C'est finalement un garagiste chretien, Sir De Souza (et oui les Portugais sont passes par la) qui remet le circuit en ordre. Foncant pour rattrapper le retard nous tracons jusqu'a 22h, evitant les bus qui nous aveuglent, les nids de poule qui nous desequilibrent, les vaches suicidaires. Lorsqu'enfin nous mettons pied a terre nous nous observons, couverts de terre, de sueur, et de vent, de vrais ramoneurs echeveles ! Mais cet effort est largement paye par le bruit des vagues, la Lune embarquee pour la nuit et les palmiers en eventails. Nonobstant les moustiques, le repos fut salutaire. Et de se baigner au reveil... Joss tente d'atteindre l'Ethiopie a la nage, s'echoue sur des rochers colonises par une armee de crabes, pendant que Charly et sieur Kouty preparent le petit-dejeuner... Nous repartons vers le Nord, longeant la mer qui s'etale a n'en plus finir, bivouaquant sur les plages, avalant des paquets de chips d'un trait, ces Lay's que vous ne connaissez pas et dont vous nous diriez des nouvelles ! C'est dans cet elan que nous debarquons a Gokharna, a 21h, une sorte de Thamel miniature infeste de touristes indiens et occidentaux venus admirer le temple. La foule laisse passer nos Bajaj sans pour le moins sourciller... A l'aube une armee de pecheur rassemble ses filets, pique une tete au milieu des ablutions, sans en vouloir a l'Ocean Indien de n'avoir offert que quelques maigres poissons.

En trois jours nous gagnons Goa, cet etat le plus petit de l'Inde est repute pour ses plages, ses baigneuses et ses bars... De quoi se remettre des 1100 km avales sans coup ferir. Nos montures ont bien tenu le coup et ce fut une joie de renouer avec le nomadisme. Au milieu des centaines de riders venus la louer une Enfield, nous faisons etrange figure avec Noir Desir et Pink Floyd, les yeux se tournent jusqu'au strabsime, plus encore lorsqu'ils nous observent nous installer sur la plage, avec tout notre barda, la guitare, les chips (decidement !)... "pas de Guest House ?!" comme disait Le Chat, "les hotels des riches ont maximum 5 etoiles, ceux des pauvres en ont infiniment plus..." Suivent des journees farniente a explorer laquelle des criques est la plus propice a la baignade, les vagues ou les palmiers. C'est toute une nomenclature serree que nous evaluons pour notre plus grand plaisir. Allonges sur le sable quand tous sont sur leur transats nous sommes encore une fois la curiosite de ces dames... et messieurs malheureusement ! Chaque dejeuner est un calvaire d'ingeniosite tant les vaches (oui oui des vaches, en balneo !) nous assaillent : a qui le concombre, a qui les poivrons, ou les Birkenstoks bien que ce soit pur cuir ! Les touristes se marrent a nous voir deambuler en bouffant, semant de-ci de-la une miette de pain pour contenter ces sacres bovins ! Finalement pris de pitie ils nous invitent a leurs tablees, et nous de tenter de leur vendre nos photos... luttant d'habilete avec les petites indiennes qui colportent d'un bout a l'autre de Vagator Beach un attirail de colliers, grigris ou autre breloque ; serieux sur nos finances nous reussissons meme a nous faire offrir des ananas par ces belles !

Mais vient l'inevitable question : "on s'arrache ?"


Mais si je suis propre !



Pink Floyd et Noir Desir a l'abreuvoir.





Petite pause a l'ombre (presque) d'un sanctuaire hindu.





Longue pause bovine a l'ombre d'une eglise goanaise.


Du palmier en veux-tu en voila !




Le premier arrive au bout... est un doux reveur !




Peche, baignade et tradition...

Ca suffit maintenant ! Va voir en Normandie si j'y suis !

Anton, ou la seduction au service du pauvre...


Selon les previsions, en ce 3 fevrier 2007 nous devrions etre en Siberie... Joss en grande tenue fete l'enterrement d'Istanstok !