Pour mieux feter les 21 ans de Charles et le premier mois de voyage nous avons inaugure le tout nouvel hopital de Cizre. Nous avons eu un serieux accident avec Peachie dont nous sommes sortis peu indemnes mais enrichis de la rencontre memorable avec Islam (19 ans) et sa famille, kurdes extremement accueillants. Ils nous ont offert le gite et nous ont fait visiter cette ville, censement la premiere du monde, Noe y aurait echoue son arche, sa depouille (selon la tradition musulmane le bougre faisait 20 metres !!!) repose dans un mausolee magnifique. Veritables vedettes de ce bourg ou ils sont tous cousins, nous donnons une interview a deux journalistes de Haber 7 (chaine d'infos turque) ; malgre nos nets progres en turc et en kurde nous bafouillons devant la camera. Voici en lien la page web ou vous pourrez trouver des precisions, si toutefois vous comprenez l'article... http://www.kenthaber.com/Arsiv/Haberler/2006/Agustos/22/Haber_159987.aspx
Nous avons repris la route une semaine plus tard, Charles aux commandes, Josselin presqu'en amazone... vers Van.

L'hopital-zoo ou la ville entiere vient observer les betes curieuses.

Pour ne rien changer, Josselin s'offre un mois de boitage. Estropie au bras du frere d'Islam

Islam, a 19 ans il est le gerant de l'entreprise familiale. Notre sauveur devient vite un veritable ami.
Noe, de tout son long...
L'une des 365 mosquees de Cizre.
Avec tous ces cousinages la ville compte un nombre alarmant de maboules, mais bien marrants parfois.

Ici les clopes sont si peu cheres qu'on commence tres jeune... Les Kurdes sont de veritables sapeurs.

1000 km de plus ! Juste avant d'abandonner Peachie a la frontiere turco-iranienne la vigorosa passe le cap des 3000 km entre nos cuisses.

On attend trois bonnes heures que le temps passe, puisque c'est le protocole dans ce pays. Le thé que nous offrent des camioneurs est servi, bu et resservi, à l'image de ces enfants qui grimpent sur le pont, sautent et remontent, inlassablement.
Nous avons encore du mal à nous plier à ce rythme où le temps, même inutile, n'est jamais ni perdu, ni gagné. En un quart d'heure nous sommes sur l'autre rive où, après une rude montée, commence un nouveau pays : le Kurdistan.
Dès qu'on le retrouve, Nouri nous emmène au "Lokanta" (restaurant) où nous dégustons nos premiers vrais "kebap", au fait des brochettes de mouton accompagnées d'aubergines grillées et d'une salade de légumes frais : délicieux jusqu'aux piments qui hérissent nos papilles. Il nous ballade à travers la ville typique par sa laideur, sa puanteur et son bordel général, nous rencontrons ses amis qu'il hèle ou klaxonne à tous les coins de rue. Tant et si bien qu'on débarque à la piscine, cachée derrière une station-essence elle prodigue une fraîcheur surnaturelle quand on constate que le mercure approche les 46 degrés. Il nous faut quelques plongeons pour nous rendre compte qu'il n'y a pas une femme dans l'eau. C'est en arrivant dans la famille de Nouri que nous saisissons à quel point cette région est plus traditionnelle que ce que nous avions traversé jusqu'alors.
Au delà de l'allure des kurdes (sheffiyê parme sur la tête, pantalon bouffant et moustache pour toutes les générations) c'est surtout la façon dont la petite soeur de 18 ans est considérée qui nous frappe. Elle exécute absolument toutes les tâches ménagères, seule, prenant ses repas de son côté après avoir servi à table et préparé nos lits. "Autre pays, autres moeurs..." Durant le dîner - délices à profusion - nous en apprenons plus sur Nouri et sa famille.
Ses aïeux ont quitté Mossoul (aujourd'hui dans le Kurdistan irakien) au début du XXème siècle pour s'installer à Viranşehir où ils devinrent propriétaires de six mille hectares. Ils font partie de ces Kurdes de Turquie considérés comme "arabes" par leurs pairs parce que leurs racines sont plantées de l'autre côté d'une frontière créée de toutes pièces par Sykes et Picot en 1916 et dont Kemal - ce vautour de l'empire ottoman ici vénéré comme un dieu - s'est largement contenté.
Aujourd'hui les terres sont vendues mais Nouri, reconverti en électricien, est persuadé que s'y cache encore un trésor. A 26 ans, sa femme l'ayant quitté, nous comprenons qu'il se cherche des raisons de vivre, des rêves ; nous demeurons incrédules jusqu'à ce qu'il nous parle de cartes, de détecteurs turcs de mauvaise qualité (il voudrait tant que nous lui en ramenions un de France !), et nous emmène même, à minuit, à travers des hectares de terrre brûlée à l'endroit présumé qui ferait sa fortune.
Tout ce que nous voyons c'est une maigre étendue d'eau que surplombe une falaise de quinze mètres percée de nombreuses grottes. Cette nuit-là, nous nous endormons presque conquis par tous ces rêves.
La route file tout droit vers la Syrie puis longe la frontière, le no man's land est à un jet de pierre. Cette promiscuité justifie l'omniprésence de l'armée turque, au fil des contrôles Josselin se sent une vocation...
Cette double-voie stratégique est défoncée par le passage incessant des tracteurs, des camions et des blindés ; certaines portions sont en rénovation, ce qui rend la circulation encore plus difficile mais présage de transports de troupes plus efficaces... Nous pestons contre la mauvaiseté des cantoniers dont l'oeuvre nous tape autant sur le système que la tonne de soleil accablant la plaine. Une désolation de pierres tombées d'on ne sait où et d'herbes roussies constitue le seul horizon de notre semaine. Nous avançons bien malgré un vent sulfureux qui nous dessèche les yeux, nous gerce les lèvres et tarit nos pensées. Les pauses sont encore plus insoutenables.
Surplombant de 1000 mètres la Mésopotamie - berceau des civilisations européennes et des religions monothéistes - la cité regorge de ruelles d'où émergent des clochers muets et des minarets criards. 
Nous visitons l'une des premières églises du monde après avoir pris le thé dans une medresa, mais le trop grand nombre de touristes (nous voyons des français en marcel et bob fluo, l'appareil sur la bedaine : nostalgie de nos pantouflards) sclérose le contact intime avec les habitants ; à part des sales mioches criant "money money" à notre passage (ils volent nos sacs mais sont interpellés par des policiers avec qui nous avions sympathisé) nous ne rencontrons personne.
Nous étouffons notre déception dans la fumée de quelques narghilés, profitant de la table - luxe à vos yeux dérisoire - d'une maison de thé pour écrire.
Nous poursuivons notre route suffocante jusqu'à Cizre, bourgade bénéficiant à peine de la fraîcheur du Tigre. Ce 14 août nous nous apprêtons à fêter les 21 ans de Charles et le premier mois de voyage, lorsque soudain...
Route de nuit jusqu'à Tarsus "ville qui n'est pas sans importance." (Ac. 21, 39), mais dont l'esprit de Saint Paul a déserté les rues en même temps que tous les habitants : excusons ces pharisiens, il est trois heures du mat'... Complètement décalqués nous nous endormons dans des toboggans pour ne pas avoir à sortir nos duvets : après tout il fait 34 degrés !
Nous tentons d'échapper à la chaleur en gagnant les hauteurs. Peachie trace à travers la plaine d'Adana - Beauce made in Turkey - sans prendre le temps d'y faire halte.
L'horizon change, l'Euphrate - promesse de fertilité pour toute la Mésopotamie - prend ses sources à 2000m d'altitude pour s'épancher entre des monts arides formant au gré des barrages construits par Atatürk d'immenses étendues d'eau auxquelles nous peinons à accéder. Peachie vole en toussotant vers ces nids d'aigles que relient des routes de crêtes "pas plus larges que le dos de la main" (dixit Peachey dans The Man who would be King), balayées par des rafales furieuses à vous précipiter 400m plus bas.
De toute façon il faut descendre...manoeuvre peu évidente étant donné notre frein arrière cassé. Chaque jour, crispés sur le frein avant, nous redoutons la pente, synonyme d'une allure cahotante à 15km/h quand nous pourrions filer, débrayés, à 80km/h. Le calvaire prend fin à Karahmanmaraş où nous faisons réparer Peachie pour 10 euros pièces et main d'oeuvre.

l'autre, lascive, imite les hamams que nous n'avons malheureusement jamais fréquentés. Nous nous prélassons des heures dans une eau tiède, titillés par des poissons acupuncteurs. 

Nous arrivons vers 18h30 à la casemate des gardiens du site située 10 km en aval des statues, ils veulent nous extorquer 8 YTL pour la visite, 5 YTL pour le camping (le toit en béton d'une pension bruyante) et 3 YTL pour la montée en minibus... Faut pas nous prendre pour des pigeons, nous préférons resquiller. A la nuit tombée, après avoir caché Peachie et nos sacs dans des fourrés, nous entamons une terrible ascencion d'abord à travers des rochers abrupts afin de contourner les bâtiments touristiques, puis le long de la route ultra sinueuse jusqu'au sommet. Nous progressons dans l'atmosphère laiteuse de la pleine lune qui fait passer les vessies pour des lanternes et les citernes pour des esprits ; à plusieurs reprises la pénombre nous joue des tours jusqu'à ce qu'effectivement elle soit troublée par les phares d'un camion remontant à 10km/h la pente raidissime. Dans un élan de peur mêlée d'adrénaline (injustifiées semble-t-il, nous sommes sûrement les seuls dans cette traque imaginaire) nous nous jetons dans le caniveau de 40cm de large et 30 de profondeur... Nous tassons nos carcasses dans les pierres et les chardons tandis qu'à son passage les pavés répercutent l'orage d'acier et de lumière. Par quatre fois ce petit manège ralentit notre marche. Après trois heures harassantes nous approchons enfin du sommet, nous devons quitter la route pour encore contourner une bâtisse éclairée dont la fonction nous reste bien mystérieuse. Deux cents mètres plus haut nous tombons sur Nemrod et ses copains dont seules les têtes ont résisté à l'épreuve du temps et aux flashs des touristes. Nous profitons justement de ce qu'ils ne sont pas là pour admirer la vue, unique intérêt finalement de cette excursion. De ce point culminant nous dominons l'enchevêtrement des monts entre lesquesls ont coulé les villes, scintillement dont - au loin et sous la lune - le lac Atatürk se fait l'écho silencieux. La fraîcheur nous fait redescendre, il est 1h30. C'est là que commence la katabase : chaque pas posé nous brise les pieds, le dos et le moral ; martèlement des Birken direct sur le crâne ! Traversée de l'enfer pour un bien maigre paradis : trois heures de sommeil dans des duvets qui puent avec des rochers acérés en guise de matelas... Nous repartons, défalqués mais satisfaits de n'avoir pas dépensé une Livre Turque pour ces profils grecs.































Ces troupeaux ont des Cerbères peu avenants. Route de Beyşehir à Seydişehir.
En voilà un qui a eu les yeux plus gros que le ventre. Barrage d'Altinapa.



