Mirage de la Route

Mirage de la Route
Aussi bien que les mots la carte saura dire les choses, c'est à dire mentir à faire rêver.

mardi 22 août 2006

Mersin - Nemrut Daği de la mer aux lacs (du 5 au 10 août)

u Après avoir suinté comme des ânes à faire le blog dans une pièce pourtant climatisée nous sortons du cybercafé à une heure du matin. L'air gras et bouillant de la ville ne nous réveille absolument pas de notre torpeur. Nous refusons de passer une nuit de plus dans cet Enfer. Route de nuit jusqu'à Tarsus "ville qui n'est pas sans importance." (Ac. 21, 39), mais dont l'esprit de Saint Paul a déserté les rues en même temps que tous les habitants : excusons ces pharisiens, il est trois heures du mat'... Complètement décalqués nous nous endormons dans des toboggans pour ne pas avoir à sortir nos duvets : après tout il fait 34 degrés ! Nous tentons d'échapper à la chaleur en gagnant les hauteurs. Peachie trace à travers la plaine d'Adana - Beauce made in Turkey - sans prendre le temps d'y faire halte.

Après avoir gravi 600 mètres de dénivelé nous pénétrons dans la région des lacs.

L'horizon change, l'Euphrate - promesse de fertilité pour toute la Mésopotamie - prend ses sources à 2000m d'altitude pour s'épancher entre des monts arides formant au gré des barrages construits par Atatürk d'immenses étendues d'eau auxquelles nous peinons à accéder. Peachie vole en toussotant vers ces nids d'aigles que relient des routes de crêtes "pas plus larges que le dos de la main" (dixit Peachey dans The Man who would be King), balayées par des rafales furieuses à vous précipiter 400m plus bas. De toute façon il faut descendre...manoeuvre peu évidente étant donné notre frein arrière cassé. Chaque jour, crispés sur le frein avant, nous redoutons la pente, synonyme d'une allure cahotante à 15km/h quand nous pourrions filer, débrayés, à 80km/h. Le calvaire prend fin à Karahmanmaraş où nous faisons réparer Peachie pour 10 euros pièces et main d'oeuvre.
Nous diluons nos frayeurs dans l'eau - un peu vaseuse toutefois - de ces lacs magnifiques. Pour oublier la chaleur, nous avons deux techniques : l'une agressive consiste à se venger des précipices en les domptant d'un petit saut de l'ange pépère ; l'autre, lascive, imite les hamams que nous n'avons malheureusement jamais fréquentés. Nous nous prélassons des heures dans une eau tiède, titillés par des poissons acupuncteurs.
Ultime épreuve pour Peachie, les 10 km de côte sévère jusqu'au site de Nemrut Daği, qui a infléchi notre route vers le Nord depuis Adana. Nous ne savons pas ce que valent ces faciès de roche perchés à 2150m, ni pourquoi, ni comment, ni quand, ni par qui, mais ils figurent parmi les trois indications touristiques de notre carte et ils font la couverture du guide Lonely Planet de l'Allemand rencontré à Konya. Nous arrivons vers 18h30 à la casemate des gardiens du site située 10 km en aval des statues, ils veulent nous extorquer 8 YTL pour la visite, 5 YTL pour le camping (le toit en béton d'une pension bruyante) et 3 YTL pour la montée en minibus... Faut pas nous prendre pour des pigeons, nous préférons resquiller. A la nuit tombée, après avoir caché Peachie et nos sacs dans des fourrés, nous entamons une terrible ascencion d'abord à travers des rochers abrupts afin de contourner les bâtiments touristiques, puis le long de la route ultra sinueuse jusqu'au sommet. Nous progressons dans l'atmosphère laiteuse de la pleine lune qui fait passer les vessies pour des lanternes et les citernes pour des esprits ; à plusieurs reprises la pénombre nous joue des tours jusqu'à ce qu'effectivement elle soit troublée par les phares d'un camion remontant à 10km/h la pente raidissime. Dans un élan de peur mêlée d'adrénaline (injustifiées semble-t-il, nous sommes sûrement les seuls dans cette traque imaginaire) nous nous jetons dans le caniveau de 40cm de large et 30 de profondeur... Nous tassons nos carcasses dans les pierres et les chardons tandis qu'à son passage les pavés répercutent l'orage d'acier et de lumière. Par quatre fois ce petit manège ralentit notre marche. Après trois heures harassantes nous approchons enfin du sommet, nous devons quitter la route pour encore contourner une bâtisse éclairée dont la fonction nous reste bien mystérieuse. Deux cents mètres plus haut nous tombons sur Nemrod et ses copains dont seules les têtes ont résisté à l'épreuve du temps et aux flashs des touristes. Nous profitons justement de ce qu'ils ne sont pas là pour admirer la vue, unique intérêt finalement de cette excursion. De ce point culminant nous dominons l'enchevêtrement des monts entre lesquesls ont coulé les villes, scintillement dont - au loin et sous la lune - le lac Atatürk se fait l'écho silencieux. La fraîcheur nous fait redescendre, il est 1h30. C'est là que commence la katabase : chaque pas posé nous brise les pieds, le dos et le moral ; martèlement des Birken direct sur le crâne ! Traversée de l'enfer pour un bien maigre paradis : trois heures de sommeil dans des duvets qui puent avec des rochers acérés en guise de matelas... Nous repartons, défalqués mais satisfaits de n'avoir pas dépensé une Livre Turque pour ces profils grecs.

2 commentaires:

  1. je comprends pas le plongeon sur gravier (entre le beau plongeon dans l'eau bleue et la baigoire accuponcture) : tu t'es pas fracassé la tête?!
    Sinon, on pense à vous de notre douillet lit quand vous vous coltinez les roches escarpées dans des duvets odorants... bon courage!
    Malgré tout, on envie vos vacances depuis que nous avons repris le chemin de l'école avec en plus les feuilles des arbres qui tombent...

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  2. pourquoi les duvets puent-ils ? Comment pensez-vous faire changer cet état de choses ? acheter des pinces à linge ? (...pour le nez)Pour les plongeons, même remarque que ML : l'un : saut de l'ange dans le ciel, et l'autre saut dans l'enfer des pierres ? Miracle du cadrage, je présume.

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