Mirage de la Route

Mirage de la Route
Aussi bien que les mots la carte saura dire les choses, c'est à dire mentir à faire rêver.

dimanche 28 janvier 2007

Bangalore city : on s'est fait gouriner !!! (du 25 dec 2006 au 24 janv 2007)

Bangalore, le 25 Decembre 2006, a 11h30...toc toc toc...

De Regis en Inde nous ne savons pas grand-chose : un numero de portable qui foire a moitie, une adresse postale enigmatique retrouvee dans un e-mail date du mois de Septembre ; aux dernieres nouvelles il partait ce matin a l'aube faire des recherches dans les ghats occidentaux. C’est donc avec la plus grande naivete et le plus petit espoir du monde que nous nous rendons en rickshaw, a peine descendus du train, sur le campus de l’Indian Institute of Science. Accompagnes du gardien, nous tapons a la porte, entamant deux minutes d’attente interminable, jusqu’a ce que, miracle de Noel, le petit Regis nous ouvre les portes de « Kaveri-Paradize » ! Namasté !!!

Le soulagement et la joie nous depassent, mais celui qui hallucine le plus, c’est Regis, debarqué malade il y a quelques heures du Pakistan. On s’installe dans l’idee de repartir dans les jours a venir, avec deux beaux Bajaj en notre possession. Pour ceux qui ont la memoire courte, la marque Bajaj a achete des technologies Vespa pour produire par millions des scooters increvables et bien styles. C’est sur ce destrier que Joss et Charles ont traverse la Turquie, et c’est ainsi que nous comptons nous rapatrier. Avec l’aide de Regis, Docteur ès Hindi, nous trouvons tres vite notre bonheur a Shivajinagar (le quartier musulman recemment secoue par des emeutes) pour 150 euros la paire. Helas, le plus gros et le plus chiant reste a regler : la paperasse. Qui veut faire sortir un vehicule du territoire indien doit se procurer un carnet de passage, pour cela il faut faire un transfert de proprietaire, mais ce, pas sans avoir souscrit a une assurance, ce qui est impossible sans permis. Or, pas de permis... pas de permis ! Le 31 Decembre, une lueur d’espoir nait, avec une rencontre pour le moins a-propos. Parmi la deferlante de mains masculines nous faisons la connaissance de Raj, curieux personnage au passe un peu flou, dont on sent vite qu’il a le bras long. Il propose de nous obtenir deux permis de conduire internationaux en un clin d’oeil. Presses de s’arracher et decourages par le bordel administratif on met vite toute notre confiance en lui... mais plus les jours passent, plus rien ne se passe. On a beau relancer Raj, l’affaire n’avance guere.

Pour tuer le temps, nous repeignons « Pink Floyd » et « Noir Desir », fraichement rebaptisees, sous les regards hallucines des etudiants de l’Institut. Les geeks version Polytechnique indien ne comprennent pas que 3 blanc-becs sillonnent sans cesse leur savane, Tea-Board, ou Juice center. C’est dingue comme la bouffe est la premiere a fixer nos habitudes. Des meals bien epices qu’on engloutit a pleines mains, des masala dosas ruisselants de friture, des purs jus de banane, mangue, raisin, musambi, ou meme sapota (attention a celui-la) ; des omelettes qu’on s’enfile par dizaines, sans oublier le mythique « Empire »... combien de fringales ont ete etouffees a grand renfort de poulardes roties, de crevettes en sauce, et de Kerala parothas dans ce resto cheap et huppé ? Une seule chose a dire : « On va bouffer !!!»
Bref, ne croyez pas non plus que vos gloutons de vagabonds oublient leurs objectifs vitaux : la route. Seulement comme nous ne pouvons pas encore quitter la ville nous ne faisons que nous offrir deux excursions, magiques malgre tout. La premiere nous conduit a Nandi Hills, la colline qui surplombe l'agglomeration et d'ou nous allons admirer le lever de soleil, des singes s'egayent a notre approche, les oiseaux chantent, etc... Puis nous partons en raid de campagne a Savanadurga, le plus gros monolithe d'Asie. En lice nous alignons trois Royal Enfield pour tenter de distancer Pink Floyd et Noir Desir sur des routes defoncees... Partis a 4h du mat' nous apprecions l'air frais du Karnataka, la brume qui se dissout dans les palmiers, le the brulant dans un Dhaba, moins l'extenuante grimpette qui nous mene au top de ce gros cailloux. Mais l'effort est largement recompense, nos yeux se perdent sur toute la campagne a l'indienne, un fleuve inatteignable qui se faufile entre des champs de pierres et de cocotiers... Fideles a nous-memes nous nous faisons une delicieuse omelette au feu de bois (le the fut imbuvable...), apprecions le soleil, et redescendons 5 heures plus tard.
A Kaveri 27 la vie suit son cours, des reveils a 10h que Joss deteste, mais qu'on fait passer avec un bon jus de banane frais au soleil, un cappuccino-clope, un the prepare par la delicieuse Rakhi tout de suite adoptee par la "bande de pedes"... Les etapes garage nous obligent a des heures de plomb, tres instructives cependant tant la mecanique est fascinante, cela rappelle Konya a Joss et Charly, Anton s'initie a la Bajaj'bidouille ! Apres toutes ces roupies depensees en boulons, carbu, jantes, filtres, cables, disques, loupiottes... nous sommes heureux de constater que les betes ronronnent a merveille. Nous voila a fuser dans les avenues de Bangalore, a jouer les riders devant les gamins de la Jet-set qui font moins les fiers sur leur Pulsar, a epater les flics qui n'osent meme plus nous arreter. Car nous allons souvent en centre-ville, eh oui, etre resident quelque part implique une vie sociale et des relations a entretenir, avec les barmans par exemple, ou les videurs... selon qu'on se souvient du retour ou pas ! Bangalore est une des cites les plus modernes d'Asie, fournie en ingenieurs aeronautiques, elle abrite aussi nombre de banquiers qui ne refusent pas une petite soiree au Leela Palace a leurs bambins. Lorsque nous sommes sages nous nous faisons interviewer par les journalistes du Times of India, dans la rubrique "gossip" rassurez-vous... en effet notre idee saugrenue de rentrer en Bajaj jusqu'a Paris les interpelle ; Bajaj est un mythe en Inde, mais un mythe vermoulu, personne ne fait des pieds et des mains au XXIeme siecle pour se trimbaler sur une antiquite ! Cet instant de celebrite nous vaut les hourras des garagistes qui, comme nous, se demandent tous les jours : "a quand le depart !" Ils ne se plaignent pas, ils ont trouve la poule aux ecrous d'or...
Mais cette question nous turlupine assez pour oublier "le" Raj et l'envoyer au diable, plus d'atermoiements, nous investissons le Regional Transportation Office et avalons les demarches en deux jours. Le plus cynique est que lorsque notre dossier est fin pret, le prepose aux tampons nous dit que nous n'avions pas besoin de faire cette demarche de transfert de propriete vu que nous ne sommes pas plus residents de Bangalore que Gandhi ! [il parait que c'est une blague tres populaire... ndlr] autrement dit nous aurions pu quitter cette Babylone le 29 decembre au lieu du... 24 janvier ! No comment.
Du coup nous faisons nos derniers adieux precipites a la ville, ses poulet(tes), ses lumieres, ses restos, son CO2... mais surtout nous voila tristes (une fois n'est pas coutume) de quitter un lieu : plus fort que le Jet, Kaveri 27 restera grave dans nos memoires par toutes ses bouffes, ses corvees de vaisselle (car nous sommes les esclaves des ces maitres), sa tele eternelle, sa musique un brin nasillarde, ses chiottes tant et tant visites (c'est la vie !) et evidemment ses maitres... Le 24 au matin nous laissons Regis aller instruire la jeunesse indienne, jetons un dernier regard a la chambre rangee donc meconnaissable, presque morte, grimpons en selle...
Apres deux journees d'intense labeur a se coller de la peinture partout, nos Bajaj sont pretes. Nous vous laissons deviner qui est qui...


Lorsqu'on n'est pas en ville la tambouille se laisse apprecier a Kaveri Panzani Resort.

Khalil et ses freres sont heureux de nous voir debarquer chaque jour pour des broutilles...

Vous aimez l'azur pourpre de Nandi Hills au petit matin...

ou vous avez un petit penchant pour Savanadurga ?

A l'assaut de la pampa ! Regis invite meme ses eleves en vadrouille !

Finie la glande maintenant on grimpe !

Le resultat est pas degueux...

Regardez-moi cette bande de... Frenchies !

Jimbo is back, enjoy the indian vibes !

"Ta gueule, saltimbanque !"


Ca swingue a Kaveri Studio !

Le "casque" d'Agamemnon fut retrouve dans le Karnataka en 108 apres Romanov...

Nach Paris !

samedi 20 janvier 2007

Quand Noel deraille ! (du 21 au 25 dec 2006)

Il a fallu l’aide de la Consule de France a Katmandou pour obtenir ce foutu visa chinois. Depuis quatre jours que les sacs sont prets, nous sommes presque surpris lorsque, le 21 decembre, l’un des gerants de la Happy Home vient toquer a 6h a notre porte. Il a une heure de retard donc on se grouille d’entasser les sacs dans un rickshaw, direction la gare routiere. Encore une fois, nos adieux a la vie sedentaire sont brusques. Malgre le bordel, on trouve rapidement notre bus, qui tombe en panne 2 heures plus tard. Un autre car qui passait par la nous ramasse, les sacs sur le toit, nous nous entassons litteralement sur les places libres, incapables de bouger un genou…L’enchainement des virages disqualifie momentanement Anton qui ne peut manger un gramme du riz au curry delicieux dont les cousins ne se sont pas prives. La route continue, aux montagnes verdoyantes succedent les plaines du Terai, ou une ceremonie religieuse bouche la chaussee pendant un bon moment.. Vers 16h, pour on ne sait quelle raison, on nous fait, encore, changer de bus, ce qui ne fait que retarder l’approche de Sunauli et de la frontiere indienne. Pensant etre enfin arrives, on nous colle dans une vieille Jeep de l’armee, ou la promiscuite donne des ardeurs douteuses aux locaux, ca frise la rixe ! Le duvet suicidaire d’Anton tente un ultime saut, du toit de la jeep cette fois, pour s’ecraser sur la route. Tout rentre dans l’ordre, et surtout dans le desordre ! la frontiere indo-nepalaise est franche, a peine marquee d’un grand porche sous lequel s’engouffrent, dans les deux sens, rickshaws, motos, chariots a bouffe, vaches, poules, et on en passe ! Il faut se demmerder soi-meme pour reclamer son tampon face au laxisme des douaniers et agents de l’immigration. On decide de s’arracher au plus vite, impossible de dormir ici. On degotte un bus de nuit qui part pour Benares a 21h. Juste de quoi refaire le plein de vivres et nous voila de nouveau sur la route. On se cale le plus confortablement possible a l’avant du car, et on tente de s’endormir malgre les trous dans le bitume et le klaxon le plus strident du pays. A 4h du mat’ la derniere secousse nous reveille : nous sommes a Varanasi ! Nos sacs sur le dos, on tourne en rond dans les ruelles encombrees de vaches et de saddhus endormis, cherchant le Gange. Apres moult detours, un gros porc qui nous colle aux basques nous guide vers les ghats, profitant de l’occase pour nous proposer rickshaw, guest house, barque, restau... tout sauf de la tranquillite. Enfin poses sur les marches, nous observons le jour se lever dans un epais voile de brume qui cache la rive d'en face... et la vie de reprendre ; calme au debut, puis de plus en plus grouillante de pelerins, baigneurs, mendiants, gamins tendant trop la main.
Cette etape a Benares aura ete courte mais l’envie de passer Noel dans le sud nous pousse vers la gare, satisfaits tout de meme d’avoir pu capter quelque chose de l’ambiance de cette ville. C’est une galere pas possible pour avoir un billet. Confines pendant 3h dans une salle reservee a une foule de touristes, on finit par obtenir 3 billets pour Calcutta.
Et nous voila partis pour trois jours de train, non-stop. D'abord jusqu'a l'ancienne capitale de l'Empire, dont nous constatons en un temps record la cohue-bohue parmi laquelle nous peinons a trouver un ticket pour le Sud. Epuises, on tombe par hasard sur le seul guichet qui ne soit pas encore pris d'assaut. A 21h, le train part, on s'entasse dans un entre-wagon pour ce qu'on croit etre 27 heures de voyage. On arrache quelques centimetres carres aux Indiens installes la. La nuit s'anonce rude dans ses odeurs d'urine et de sueurs exotiques. Comble de l'inconfort, un controleur nous rapatrie en derniere classe... conformement a notre billet. La on reste assis dans la porte ouverte du train, a contempler le paysage se charger de palmiers et de rizieres a mesure que les rails filent vers l'Equateur. Deux possibilites s'offrent a nous : d'un cote Madras, port de la cote Est, ou nous pourrions embarquer a destination de la Chine pour rejoindre Vladivostok. De l'autre cote Bangalore, ou travaille Regis, le cousin de Joss - dont on n'a pas de news depuis deux semaines. On passe pas en Inde sans visiter la Familia ! c'est le sort qui choisit pour nous, puisque le train ne s'arrete pas a Madras. De plus une tres longue conversation de veillee de Noel nous amene a abandonner Vladivostok pour amorcer un retour vers la France par la route. Apres cinq mois de voyage, les deux anciens ont des aspirations qui different un peu. Quant a Anton il ne demande qu'a se jeter sur les chemins, quels qu'ils soient. Sur ce on s'endort, sans guirlandes ni foie-gras, la tete dans les peaux de banane et les odeurs de pieds... Joyeux Noel quand meme !


Benares au petit matin, les ghats ne s'affolent pas encore... ca ne durera pas longtemps !

A la gare ce sont d'ailleurs trois Francais qui creent l'emeute avec leurs airs vagabonds. Benares, le 21 dec.

"je peux descendre du train en marche", on ne l'a pas tente mais un peu de fraicheur fut agreable. vers Calcutta, le 22 dec.

Calcutta ou comment errer dans une foule haute en couleur pour faire chou blanc... Le 22 dec.

C'est pas que ta tete me revient pas, mais toi, tu vas me filer ta place... vers Bangalore, le 24 dec.