La nuit tombe et nous espérons pouvoir étendre nos jambes, coupées par le trajet en car, sur les pelouses grasses des jardins de la mosquée. Des jeunes nous voyant écrire dans cette nuit sans Lune nous offrent notre premier thé brulant du Butagaz posé non loin. Ils sont étudıants mais travaillent sur des chantiers pour arrondir les "vacances", ils nous hébergent dans leur 8m2 qu'ils partagent a six... Ambiance chaleureuse et simple des couvertures jetées a terre, on tente de jouer aux cartes : échec total on comprend pas les regles ! mais fou rire. Petit-dej typique : pain, fromage, olives et thé.
Nous partons a pied de Gebze, a dix bornes du centre d'Istanbul, joies des premiers pas. Dans notre empressement nous faisons tomber le podometre dans une "riviere" limoneuse perdu dans un vallon genre Kosovo 1999... Nous ne saurons pas combien de Km nous parcourerons, la marche débute sous le signe de l'incertitude vagabonde, et le butin que l'on conte chaque soir, penchés sur nos carnets, échappe a toute quantification. Apres avoir contourné des zones industrielles et des terrains militaires interdits, nous tombons par hasard sur un lac turquoise perdu dans la roche... Baignade suspicieuse dans ces eaux dont on craint les poissons-Tchernobyl.

Nous longeons de loin la mer de Marmara jusqu'a Izmit, ou nous faisons une réévaluation drastique du contenu de nos sacs : l'utile dégage, on ne garde que l'indispensable... Nous offrons tout a un jeune qui ne demandait qu'une clope, il repart avec la musette de Joss pleine a craquer ! La marche reprend, le coeur et le sac plus légers. Nous grimpons au jugé des collines verdoyantes, plein Sud-Est pendant cinq jours. Nous traçons notre chemin parmi tous ceux qui n'existaient pas...

Le paysage est des plus inattendus : vallons suisses vides de vaches... Dans un halo dantesque les couchers de soleils précipitent les nuits sur-étoilées . Chaque soir nous voit étaler nos affaires ou l'herbe nous parait la plus épaisse et les pierres les plus rares. Chaque matin nous voit repartir sans regrets. Bivouacs et vie de betes dans l'Inconnu immense et surprenant.

Les rencontres se succedent... du çay offert a la va-vite, savouré a peu pres quinze fois par jour par les locaux, brulant et sucré, a l'hébergement généreusement proposé, en passant par les bergers et leurs moutons, dont les cloches ont bien souvent remplacé notre réveille-matin déglingué ! A croire que ces betes nous harcelent : du soir ou on les compte, sautant parmi les étoiles, dans les prémices d'un sommeil mérité a l'aube ou on est plutot d'humeur a les chasser.

Notre carte de la Turquie, a l'échelle démesurée (1/7500000) donc inutile sur le terrain, nous joue des tours : le lac d'Akşir Gölü tant attendu par nos corps poussiéreux s'avere asseché par les canicules du plateau anatolien et l'irrigation abusive mais nécessaire des vergers alentour. Nous resterons sales mais notre soif de grands espaces étanchée... Une steppe de vase durcie s'étend devant nous jusqu'a rejoindre l'horizon. Entre ciel et terre, étau d'immensité, nous marchons trois heures, entre nous pas un mot...

Le lendemain est avalé en stop jusqu'a Konya : nous voulons éviter les banlieues et les zones industrielles dressées sur notre passage.

Perdus dans le piege de la ville, un jeune turc nous sauve en nous offrant l'hospitalité dans son petit atelier d'artiste qu'il partage avec trois amis tres sympas. Discussions (politique, arts, philo, lettres, ciné, tout y passe !) compliquées par la barriere linguistique. Nous avons de la chance d'etre tombés sur des jeunes intelligents et... généreux !
Nos carnets nous accompagnent, fideles tuteurs d'une mémoire ébranlée a chaque pas par la plénitude d'une vie nomade. En les survolant, chaque chose vécue pourtant intensemment nous semble frappée d'obsolescence, presqu' inutile tant aujourd'hui suffit.

Réstés trois jours a Konya pour faire ce p#&!*} de blog, nous repartons de pied ferme a l'assaut du Taurus.



Salut jo, c'est marie naud...
RépondreSupprimerbon, je suis un peu rassurée de voir que t'es dans un mays de ouf, avec des paysages canons....Continue ton blog, c'est un nid à idée de génie pour la suite...
J'ai ouvert le mien, m oins exotiques, certes, nécéssaire néanmoins pour les écoles de journalisme...Sur blogspot, "toutdiretoutecrire"...
Enjoy, j'aimerais bien voir le contenu de vos assiètes les gars!
Bon voyage
ola, ca se la joue sylvain tesson en plus!!!
RépondreSupprimernous sommes quinze à Quimper à enfin (pour moi) lire votre blogue. C'est super ! continuez comme ça !
RépondreSupprimeret pendant ce temps là Mayeul a eu un an (cf. www.tromignon.com)
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