Mirage de la Route

Mirage de la Route
Aussi bien que les mots la carte saura dire les choses, c'est à dire mentir à faire rêver.

samedi 5 août 2006

Konya - Mersin Les premiers pas de Peachie (du 1er au 4 août)



Lundi 31 Juillet, tous les papiers de Peachie sont signés, tamponnés, retamponnés, la Clé des Champs enfin sur le tableau de bord... En guise de champs, le terrain vague dans lequel nous passons notre dernière nuit à la sortie de Konya nous sert d'hôpital de campagne...
Malade lundi, Charles laisse même des souvenirs intestinaux devant le bureau de Police. Rétabli par la nuit, il passe le témoin à Josselin qui se vide par tous les pores jusqu'au soir.
Le sort s'acharne décidément pour nous retenir à Konya. Nous en déhalons après une rapide visite de la dervicherie : échec cuisant, Josselin ne visite que les chiottes et Charles rencontre à peine trois derviches en cire qu'assaille de flashs une foule de touristes...
Mystique démythifiée.
La reprise du rythme nomade nous remet sur pieds... ou plutôt sur guidon, Peachie nous conduit jusque sur les rives du lac de Beyşehir. Cette fois il n'est pas à sec et nous observons, incrédules, les turques s'y baigner dans le moins simple appareil : on se demande encore comment elles font pour nager avec leur tchador détrempé ! Nous n'osons pas les rejoindre dans l'eau bien que des cohortes de moustiques et d'araignées attaquent notre bivouac.
La route file ensuite au Sud-Est à travers le Taurus. Peachie, pilotée avec concentration, escalade par des routes vertigineusement sinueuses des sommets dont l'enchaînement semble interminable. Les descentes nécessitent autant d'effort, arc-boutés sur les freins, jaugeant chaque virage en épingle, évitant des pneus les graviers et des yeux le précipice qui les appelle...
Nous dégringolons jusque dans la vallée : devant nous se dresse inéluctablement une nouvelle crête. Le Taurus est un vieux monstre avachi dont la peau pelée et aride laisse deviner le squelette désarticulé par les vents.
Le paysage est grandiose de vide, mais nous sommes encore plus étonnés de croiser des pâtres esseulés et des paysans obstinés à croire fertile un caillou poussiéreux.
Nous pâtissons de l'inhospitalité de ces montagnes qui n'offrent pas mieux que des pierres à nos têtes abruties de soleil et de vent. Mais quelle joie de repartir chaque matin ! Réveillés à 5h par le soleil, point de mire de nos matins, nous émergeons tranquillement vers 6h30. Notre habituel petit-déj avalé (une part de "Danakek", sortre de marbré au chocolat made in Turkey), nous enfourchons la bécane. Ravitaillés en tomates, concombres et pain dans un village ahuri de nous voir débarquer, nous laissons passer la chaleur à l'ombre - rare - de quelques bosquets.
La route défile plus vite qu'à pieds mais le rythme et l'atmosphère demeurent inchangés. La vitesse n'abolira jamais l'espace, et le temps ne s'affiche pas au compteur de Peachie qui pourtant, inexorablement, chiffre après chiffre, accumule les Km... total ridicule au regard de la route démesurée à tracer. De la marche nous pourrions regretter la liberté de ne suivre aucun sentier mais le tour motorisé que prend notre périple (que ceux qui lui trouveraient un relent de Diarios de Motocicleta se rassurent, nous ne feront pas la Révolution...) apporte une continuité que ce que nous avions prévu ne pouvait offrir. Les "sauts de puces" en train ou en stop nous dépossédaient d'une autonomie conquise par la marche. Avec Peachie nous conservons l'autonomie et gagnons la continuité. Bien sûr nous ne l'emmènerons pas jusqu'à Vladivostok ; Mashhad, à la frontière irano-turkmène, pourrait être sa dernière étape. "Bissmillah !"
Pour l'heure nous sommes à Mersin, pseudo-port sur une Méditerrannée bouillante qui ne rafraîchit guère de l'extrême moiteur. La chaleur est palpable et la climatisation du cybercafé suffit à peine à nous en protéger. Nous avons hâte de retrouver l'air plus clément des hauteurs : dans deux jours, une fois Adana dépassée.

2 commentaires:

  1. mon jojo qui aime les hauteurs et se percher doit être bien servi et je m'en réjouis...récits vivants, j'apprécie ton-votre style anecdotique et tes-vos pointes d'humour, je crois presque t'entendre, vous entendre...

    RépondreSupprimer
  2. on est toujours malade dans ce genre de voyage (faut bien en chier un peu merde sinon tout le monde serait déjà parti à vos côté et on serait à l'heure qu'il est dans un car climatisé sur la route de konya!)...je sais de quoi je parle, mais ce qui est bien dans ce genre de voyage c'est qu'à ce niveau il n'y a plus de tabous...hein?

    RépondreSupprimer